Être ou ne pas être seule. La solitude et l’équilibre relationnel
Une collègue psychologue m’a récemment demandé si de plus en plus de patients se plaignaient d’un sentiment de solitude. J’ai répondu qu’en effet la solitude et l’isolement empiraient la situation de nombreuses personnes, parmi lesquelles certaines souffraient beaucoup plus que d’autres. Elle a renchéri en me citant le cas d’un de ses patients, neurologue sexagénaire récemment séparé. Malgré sa culture générale et ses connaissances en psychologie, ce professionnel respecté accepte mal d’être seul et en souffre énormément.
Ma collègue l’a cité mot pour mot :
Je n‘arrive pas à me consoler de mon divorce. Comment ai-je pu en arriver là?
Jean-Pierre
Se réfugiant dans le travail, ce spécialiste sait qu’à son âge il ne pourra pas soutenir le rythme qu’il s’impose. Selon son propos, je constate de plus que la rupture le bouleverse en profondeur : elle remet en question son identité, l’idée qu’il se fait de lui-même. Heureusement, ma collègue saura l’aider à trouver la cause profonde de son désarroi et la façon d’en sortir.
Comme la solitude non voulue constitue l’un des maux de notre époque, je vous propose une réflexion pour situer les aspects les plus personnels du phénomène, les facteurs individuels qui peuvent l’aggraver, et les solutions à envisager.
Être bien avec soi-même, être bien en couple
Si Shakespeare écrivait de nos jours, modifierait-il le célèbre « être ou ne pas être? » d’Hamlet pour refléter le drame de la solitude urbaine? Le cas du Québec lui donnerait raison : près d’un million et demi de personnes âgées de 15 ans et plus vivent seules. Souffrent-elles toutes de solitude? Non, bien sûr. Mais le lien social traditionnel lié au rôle de la famille dans la vie de chacun s’est aminci.
Les familles comptent en moyenne moins de membres (seuls 15 % des gens ont plus de 2 enfants), et les couples qui les fondent sont moins stables : de 40 à 50 % des couples se séparent. Quelles qu’en soient les causes, la solitude que ressentent de nombreuses personnes est un phénomène qui mérite réflexion.
Il faut d’abord distinguer la solitude de l’isolement. L’isolement est factuel, physique. Le mot vient du latin « insula », île. D’un village sans accès routier, on dit qu’il est isolé. Liée au fait d’être seul, la solitude dépend du sentiment qu’inspire cet état. Il faut d’emblée distinguer la solitude choisie de celle que les circonstances imposent, qu’elles relèvent de l’âge, de la maladie ou d’une contrainte sociale, perte d’emploi, itinérance, etc. On peut aussi se sentir seul dans la foule, ou entouré de nombreuses personnes auxquelles on ne s’identifie pas.
Je ne traiterai pas ici directement de l’isolement physique, même s’il existe aussi dans les grandes villes, qu’il soit dû à l’anonymat issu du nombre ou aux édifices abritant la population d’une cité, mais tâcherai de couvrir les aspects les plus importants de la solitude, puisqu’elle peut en découler, et examinerai celle qui souvent suit la rupture d’une relation amoureuse.
De nombreux psychologues décrivent les quatre dimensions principales de la solitude. Il y en a d’autres, mais qui découlent de celles-ci :
- La solitude ressentie
- La solitude résidentielle
- La solitude relationnelle
- La solitude existentielle.
CHACUN POUR SOI, SOLITUDE POUR TOUS
En plus de commenter chacune de ces dimensions, je présenterai des façons de répondre à leurs aspects négatifs. Les solutions nécessitent cependant une connaissance des multiples couches de la solitude subie. Celle qu’on choisit en diffère complètement et fait partie des solutions possibles.
La solitude ressentie
La solitude ressentie doit d’abord être reconnue comme telle, surtout quand elle n’est pas vécue dans l’isolement. L’isolement est une évidence, et on peut remédier directement à la solitude ressentie dans un état d’isolement en allant vers les autres, en recherchant leur présence. Mais cette solution ne règle pas tout, loin de là, si la solitude ressentie ne vient justement pas de l’isolement physique, mais plutôt d’un état d’âme dont il faut comprendre les causes.
Quand on se sent rejeté, incompris ou que s’installe un manque de liens profonds, on risque d’éprouver une détresse émotionnelle. Elle peut survenir dans la vie de chaque personne, quel que soit son âge, et faire en sorte qu’on se sente seul même au milieu d’une foule. C’est exactement ce qui arrive dans le cas d’une rupture, sujet que j’étudie depuis longtemps. Pour pouvez consulter ici la description de l’accompagnement Rebondir : surmonter la rupture.
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Voici quelques questions auxquelles vous pouvez répondre pour vous aider à relever les origines possibles de votre sensation de solitude :
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La tendre enfance et la moins tendre adolescence
On entend souvent dire que notre personnalité se forme dès la petite enfance. C’est exagéré, mais un fond de vérité se cache sous l’idée reçue. Si l’un de vos parents était distant, vous pourriez avoir éprouvé un manque d’attention qui sans avoir d’effet immédiat a induit chez vous une carence. Les enfants qui vivent ce type de situation improvisent parfois des façons plus ou moins maladroites d’obtenir l’attention voulue. Tristement, l’effet inverse en résulte : punitions, réprimandes, mise à l’écart.
Une éducatrice en garderie m’a parlé d’une agitation inhabituelle chez le petit Samuel, dont les parents s’étaient séparés. Récemment dans la cour, Samuel, posté au sommet de la glissoire (en France, le toboggan), menaçait de coups de pied les enfants qui tentaient de monter. L’éducatrice a réussi à le calmer en lui disant :
« Samuel, pendant que tu empêches les autres de glisser, tu ne glisses pas toi non plus. »
Elle s’est placée au pied de la pente et l’a accueilli en souriant, le prenant dans ses bras et le menant à une autre activité. En éducatrice d’expérience, elle devinait que son comportement relevait d’un manque d’attention, et qu’il faudrait lui en accorder avant qu’il n’invente d’autres mauvais coups.
Il en va de même plus tard en milieu scolaire, avec des conséquences plus lourdes, notamment le décrochage. Les enseignants ont beau vouloir soutenir chacun des élèves, certains échappent à leur attention, ne serait-ce que sous l’effet du nombre ou d’exigences hors de leurs compétences. Le manque chronique de personnel spécialisé a été maintes fois dénoncé ces dernières années. Le système d’éducation québécois et ses « trois vitesses » a aussi été vivement critiqué en tant que promoteur d’inégalités sociales. Évidemment, la portée à long terme d’épisodes malheureux dépend du caractère de chacun, d’autant que bien des gens ne s’en occuperont que si l’accompagnement d’un.e psychologue leur devient nécessaire.
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La réflexion, accompagnée ou non, offrira des pistes de solution aux personnes dont le sentiment d’exclusion remonte à l’enfance ou à l’adolescence.On peut consulter un article qu’a publié l’Association québécoise des psychologues scolaires (AQPS) en 2020 : La solitude chez les enfants et les adolescents Parmi les travaux plus anciens, notons ceux de Michel Lemay (J’ai mal à ma mère, Fleurus, 1979) et de Françoise Dolto (Paroles pour adolescents, ou le complexe du homard, Hatier, 1989) aideront à situer le problème dans la trame de l’histoire sociale. |
Les enfants accueillis dans des garderies au personnel formé et compétent diffèrent de ceux qui auraient grandi dans des conditions de précarité sévères. Les adolescents dont le parcours scolaire a contribué à l’épanouissement disposent des ressources nécessaires pour se détacher sereinement de leurs parents. Si ces derniers sont heureux de les voir « voler de leurs propres ailes », les jeunes sauront faire d’eux-mêmes des adultes aux relations saines et équilibrées.
L’âge adulte, ou la dépendance répartie
L’âge adulte est notamment défini par l’aptitude de chaque individu de se prendre en charge, de « gagner sa vie » et d’être responsable de son sort. Cependant, les parcours sans obstacles et sans épreuves n’existent pas. Tout adulte connaîtra tôt ou tard des revers et éprouvera à la fois ses ressources et leurs limites. Rares sont les gens qui n’ont pas perdu un emploi qui leur convenait, vécu une rupture douloureuse, connu des enjeux de santé soudains ou un deuil dévastateur.
Quelles que soient les ressources dont on dispose, on doit comprendre que personne ne comprend tout à tout moment. De l’enfance à l’âge adulte, en tant qu’êtres sociaux, nous dépendons de notions qui nous sont communiquées, qu’il s’agisse de constats valides ou de préjugés : « ne touche pas, c’est chaud! », « oh! les belles fleurs! », ou « méfions-nous des étrangers ». Le lien social véhicule en vrac ces notions, mais aussi les outils nécessaires pour les trier et réfléchir à celles qui feront partie de notre identité.
L’enfant laissé à lui-même n’apprend rien et ne survit pas longtemps. En tant qu’adultes, nous maintenons une certaine autonomie les uns des autres, mais dépendons en fait de tout un réseau social qui répond à nos besoins et assure notre santé physique et mentale. Ce que nous prenons pour acquis au quotidien nous interpelle dès que les circonstances nous en privent.
Ainsi, la pandémie de la COVID-19 a troublé la vie de millions et même de milliards d’êtres humains en mettant leur vie en danger. S’ils sont frappants, les nombreux décès ne sont pas les seuls dégâts qu’elle a provoqués. La pandémie a exigé des mesures fermes, notamment le confinement qui a contraint à la solitude une foule de personnes qui n’y étaient absolument pas préparées. On constate aujourd’hui que cette solitude, même limitée à quelques mois, a eu sur la santé publique des effets aussi néfastes que le stress et la cigarette.
Notre santé mentale a été mise à rude épreuve pendant la pandémie, non seulement à cause de l’ampleur du phénomène, mais aussi parce qu’elle imposait une forme ou une autre de solitude à nombre d’entre nous.
| L’Université de Sherbrooke a publié en 2021 un document intitulé Apprivoiser la solitude, produit par une équipe sous la direction de la psychologue Mélanie Thibault. On y trouve un résumé de la problématique de la solitude telle que ressentie à l’ère des nouvelles technologies, et des pistes pour aller vers la solitude choisie dans les moments appropriés. |
Avant la pandémie, en 2016, l’auteure britannique Olivia Laing a publié The Lonely City, réflexion sur l’état de solitude où elle a sombré après s’être installée à New York et avoir vécu une rupture. En juin 2026, elle publiait dans The Guardian un article à propos de ce qui a changé depuis la sortie de son livre. Sous le titre « Far-right groups prey on it (Les groupes d’extrême-droite s’en nourrissent) », elle dénonce l’instrumentalisation que fait l’extrême-droite de la solitude urbaine, surtout celle des hommes qui trouvent que les femmes les ont rejetés. Elle revient sur son drame personnel, celui qui lui a inspiré The Lonely City, et sur le sentiment de honte maladive qui l’habitait. Elle le décrit comme inavouable, donc contribuant à renforcer la gêne ressentie du fait d’être seule dans une ville où se croisent sans arrêt des millions d’individus, beaucoup d’entre eux souffrant de solitude.
Mme Laing constate que la solitude ressentie, lonelyness en anglais, est politique. Cette souffrance des esseulé.es fait partie d’un système qui s’en sert au profit de ceux qui le maintiennent, mais qui isolent ceux qui en dépendent sans en profiter.
Grand âge et grande solitude
Le grand âge empire cette dépendance, puisque les besoins se maintiennent tandis que les moyens d’y répondre par nous-mêmes diminuent. C’est ce que l’on décrit en général comme la « perte d’autonomie ».
En fait, nous n’étions autonomes que pour une part des liens sociaux. Quand les déplacements, la communication, l’entretien et même l’alimentation deviennent des tâches lourdes, notre autonomie disparaît. La solitude ressentie peut monter en flèche, même en milieu bien organisé.
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Les chercheures Laurie Kirouac et Michèle Charpentier ont publié en 2019 l’article Solitudes et vieillissement. Les expériences d’aînés qui vivent seuls (Sociologie et sociétés, UQAM) pour recenser de nombreux travaux de gérontologie liés au thème de la solitude et présenter les résultats d’une recherche qualitative basée sur des entrevues avec des aîné.es esseulé.es (« Vieillir et vivre seul-e. Comprendre la diversité des expériences et repenser les pratiques » (Charpentier, M., Quéniart, A., Roy, S., Chamberland, L., Rose, R. et R. Hurtubise [2016-2019]). Kirouac et Charpentier font aussi état des stratégies que les aînés adoptent pour apaiser leur solitude et cultiver le lien social. Elles soulignent l’importance du travail des organismes communautaires qui offrent des activités adaptées à diverses clientèles âgées et à leurs besoins particuliers. Elles recommandent un soutien accru de ce travail indispensable de la part des gouvernements, précisant « que ce qu’à cette condition que les aînés pourront espérer voir leur solitude être soulagée autrement que par leurs propres moyens individuels, véhicules de bien des inégalités sociales. » Au Québec, l’obnl Les Petits Frères offrent de nombreux services aux personnes aînées pour ajouter une présence amicale dans leur vie et vaincre l’isolement. |
C’est pourquoi à tout âge on doit cultiver le lien social. Sans remédier à tous les problèmes ou consoler tous les chagrins, il contribue à trouver des solutions et à alléger l’humeur. Dans le cas des tout petits, les parents ont intérêt à veiller sur les amitiés débutantes et à favoriser la bonne entente. À l’ère de l’enfant unique, le réseau des garderies assure presque à lui seul la socialisation d’une majorité de citoyens. Cela nous ramène à l’idée de départ : la solitude ressentie dès l’enfance sans qu’on s’en occupe ressurgira tôt ou tard, et l’on devra s’en occuper.
La solitude résidentielle
Le fait d’habiter seul détermine une forme de solitude que l’on choisit souvent pour la liberté de vivre à son rythme et à son gré. Cependant, comme la plupart de nos contemporains sont issus de générations d’individus qui appartenaient à de grandes familles ou à des communautés conviviales, un besoin d’appartenance au groupe sous-tend parfois les rapports sociaux. Encore une fois, la prise de conscience des conditions du milieu familial guidera la gestion individuelle des besoins quant au lien social.
Je n’en dirai pas davantage à ce sujet, puisque cette forme de solitude reste plutôt circonstancielle et que l’on peut y remédier à l’aide de programmes qu’offrent les CLSC, les groupes d’entraide ou les organismes de soutien à diverses clientèles.
La solitude relationnelle
Liée à une carence de liens sociaux, la solitude relationnelle se constate dans la durée. Typiquement, quitter sa famille et son cercle d’amis peut mener à une carence de liens sociaux. De nombreuses circonstances de la vie moderne comportent de tels risques, comme l’explique Vance Packard dans A Nation of Strangers (1972), constat de l’effet délétère qu’a le fréquent déracinement du personnel d’entreprises sur le tissu social.
Au-delà des réalités sociologiques, la solitude relationnelle pèse particulièrement au lendemain d’un congédiement, d’un déménagement ou d’une rupture. J’étudie ce dernier aspect depuis plus de 35 ans, et j’ai constaté qu’en général le bouleversement lié à la rupture d’une relation amoureuse prend plus d’ampleur chez les gens dont le lien social se limite à cette relation et à la famille immédiate. En effet, le vide que laisse la fin du couple est proportionnel au nombre de fonctions confiées à la relation. Ainsi, les couples d’entrepreneurs, de restaurateurs ou de travailleurs autonomes dont la collaboration cesse lors de la rupture ont l’impression de tout perdre en mettant fin à leur relation.
Dans les cas de parents, les enfants reçoivent souvent le contrecoup des conflits et leurs difficultés s’ajoutent à celles des adultes. Qu’un couple qui rompt ait ou non des enfants, ses membres devront trouver les ressources pour les soutenir dans les étapes à franchir, selon leur perception des faits, leur personnalité et leur capacité d’adaptation. Ce soutien les aidera à composer avec les deuils liés à la rupture, quel que soit l’ordre selon lequel ils surviennent.
Pour en savoir davantage sur ces deuils, je vous réfère à cet article de mon blog sur le deuil amoureux.
Quant aux effets de la solitude dans le contexte d’une rupture, je vous soumets quelques constats. On doit savoir que le fait de se retrouver seul.e constitue un stress additionnel. Celui-ci entraîne une perte d’énergie insidieuse, souvent cachée par celle que causent les soucis post-rupture habituels, les turbulences financières et professionnelles, ainsi que les tensions qui se répercutent dans le réseau de chaque individu concerné.
Cette baisse de vitalité s’accompagne parfois d’un repli sur soi, d’une perte d’appétit, et de la décision plus ou moins lucide d’éviter ses contemporains. Cette forme d’isolement que certains croient choisir pour panser leurs plaies risque en fait de les aggraver. S’appuyant sur des idées négatives comme « je n’intéresse personne » ou « j’aime mieux qu’on ne me voit pas dans cet état », le renoncement annule les nombreuses petites interactions qui jouent un rôle important dans le lien social : conversation impromptue avec un commerçant, échange de plaisanteries avec un voisin, ou discussion avec des amis que l’on avait un peu négligés.
C’est pourquoi on peut aussi voir dans la rupture une occasion de renouvellement. Oui, il faut d’abord accepter nos émotions, accueillir la tristesse et pleurer, mais aussi entamer un travail de réflexion qui mène à une nouvelle version de notre être. Au lieu de laisser le manque et la souffrance nous définir, nous retrouvons cette force intérieure que la relation avait peut-être détournée au profit du partenaire. En plus d’un travail sur nous-même, nous irons peu à peu vers l’autre, à notre rythme, en laissant place à des relations amicales sans les définir d’avance.
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Renouer avec de vieux amis, entreprendre une nouvelle activité, s’inscrire à un cours intéressant, autant d’initiatives salutaires pour qui se trouve esseulé.e. De nombreuse relations se dissolvent au fil du temps, sans affrontement ou problème réel, chaque individu ayant suivi le cours de ses divers engagements. L’envoi d’un message direct qui présente la situation honnêtement, y compris une solitude inhabituelle, pourrait relancer une complicité en suspens.Il ne s’agit pas de forcer l’amitié, mais de multiplier les occasions de rencontres. Au lieu de compter sur LA relation qui répond à tout, on cultive chaque jour de multiples relations dont l’enjeu sans drame est justement d’expérimenter avec les conditions favorables à des liens divers, et d’accepter qu’ils ne mènent pas tous à une amitié durable. |
La solitude existentielle
Chacun.e d’entre nous perçoit de façon unique sa conscience, et cette expérience est en grande partie inaccessible aux autres. Le psychiatre Ronald D. Laing y réfléchit dans un ouvrage remarquable : La politique de l’expérience (1967). L’expression « solitude existentielle » désigne cet aspect de l’expérience humaine que nous connaissons tous, mais que chaque personne vit seule face aux grandes questions : sens de la vie, finitude, libre arbitre et responsabilité.
Conclusion : la rupture et la solitude existentielle
Je conclurai avec le thème de la solitude existentielle, que je traiterai dans un autre article. Sans relever de la solitude involontaire issue d’une rupture, elle touche tous les êtres conscients, même si de nombreuses personnes ressentent un lien direct entre les deux. Le fait de perdre un amour nous remet en question totalement, parce qu’en général notre estime dépend de l’affection qu’on nous témoigne.
Dans Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable (Gallimard, 1978), l’écrivain Romain Gary décrit les angoisses d’un presque sexagénaire en couple avec une femme beaucoup plus jeune. Ce personnage anticipe tellement les difficultés du vieillissement qu’il invente lui-même la limite de la relation. Gary illustre ainsi la remise en question existentielle que la rupture, même imaginaire, peut susciter. C’est l’amalgame risqué que nous tendons à faire entre la relation centrale de notre vie et notre existence même.
Ce constat nous rappelle la phrase de Jean-Pierre, au début de l’article. Malgré une carrière remarquable et une capacité d’exercer intacte, il semble réduire l’ensemble de son existence à la fin de son couple. Pourtant, au cours des années, lui et sa conjointe ont dû évoluer et grandir en s’appuyant l’un l’autre. Le fait de s’éloigner peu à peu et d’en arriver à se quitter ne devrait pas tout détruire.
Chaque personne replacée ainsi devant le problème existentiel peut saisir l’occasion de se responsabiliser quant à son parcours : oui, la personne qu’elle perd induit un deuil à multiples dimensions, mais elle n’enlève pas la capacité de décider pour soi. La confusion entre la solitude post-rupture et celle qui relève de la condition humaine peut être dissipée à l’aide des ressources adéquates.
C’est pourquoi j’examine dans cet article les aspects relationnels de la solitude aux diverses étapes de la vie, notamment quand elle est issue d’une rupture. Les êtres humains sont indissociables du lien social : leur survie en dépend, ainsi que leur épanouissement au fil de leur vie.
Si vous vivez un bouleversement post-relationnel, n’hésitez pas à consulter la description de l’accompagnement que j’ai conçu, Rebondir, surmonter la rupture.





